Depuis Dakar, nous suivons cette affaire avec attention. Au Nigeria, la police a arrêté Adeniyi Adeyemi Matthew, l’homme accusé d’avoir dirigé une fausse agence gouvernementale pendant près de deux ans.
Il se présentait comme directeur général du Presidential Foreign Investment Promotion Council, le PFIPC. Un nom officiel. Des bureaux visibles. Mais, selon la présidence nigériane, l’agence n’existait pas légalement.
Adeniyi Adeyemi Matthew a été interpellé dans l’État d’Osun, au sud-ouest du Nigeria. La police a agi après un mandat délivré mardi par la Haute Cour fédérale d’Abuja. L’homme ne s’était pas présenté à une audience liée à des accusations de faux et d’usurpation de fonction.
L’affaire secoue Abuja depuis que le président Bola Tinubu a demandé une enquête pour corruption la semaine dernière.
La police affirme que l’arrestation a été menée par le Force Intelligence Department et l’Intelligence Response Team. Adeyemi doit être transféré au quartier général de la police à Abuja pour interrogatoire.
Le dossier surprend par son audace. Le PFIPC avait des locaux dans le Federal Secretariat d’Abuja, un vaste complexe qui abrite plusieurs ministères. Cette présence donnait à la structure une apparence solide et respectable.
La présidence affirme pourtant que la lettre ayant créé l’agence était fausse. Des analyses médico-légales de la police ont conclu que la signature de Femi Gbajabiamila, chef de cabinet de Bola Tinubu, avait été imitée.
Malgré cela, le PFIPC avait ouvert des comptes auprès de la Banque centrale du Nigeria. Il figurait aussi dans le budget 2026 du pays. Une enveloppe de 1,3 milliard de nairas, soit environ 950 000 dollars, lui était attribuée sur le papier.
Le bureau du Comptable général a ensuite réagi. Il affirme que le PFIPC n’a jamais réellement géré de compte à la Banque centrale. Il dit aussi qu’aucun fonds public ni salaire n’a été versé à cette structure.
Adeniyi Adeyemi Matthew soutenait que le PFIPC avait été créé en 2024 pour attirer les investissements étrangers vers le Nigeria. Les enquêteurs ne trouvent aucune trace d’un accord signé par cette agence.
Les documents judiciaires citent aussi deux autres personnes. Elles sont accusées d’avoir utilisé de faux papiers pour créer et faire fonctionner ce conseil. Le groupe aurait ouvert des comptes bancaires au nom du PFIPC. Il aurait aussi cherché à obtenir une reconnaissance officielle pour une structure fictive.
Avant son arrestation, Adeyemi niait toute faute dans les médias nigérians. Il disait craindre pour sa sécurité. Il promettait pourtant de se présenter devant la justice.
Il n’est pas venu.
Son avocat, Genesis Francis, a expliqué au tribunal qu’il n’avait pas réussi à convaincre son client. Selon lui, Adeyemi redoutait pour sa vie. L’homme aurait aussi adressé une lettre ouverte au président Tinubu pour exprimer cette peur.
Au Nigeria, le scandale prend de l’ampleur. Des organisations de la société civile, des responsables de l’opposition et de grands avocats réclament une enquête indépendante.
Pour nous, cette affaire révèle une faille profonde. Une fausse institution a pu porter les habits de l’État. Elle a circulé dans les couloirs administratifs. Elle a même obtenu une place dans le budget national.
À Abuja, la question brûle désormais : qui a laissé passer cela ?
